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Liquidations Judiciaires
& Conditions de travail
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2 ingénieurs informaticiens ont vécus
le naufrage de leur boite respective. Leurs
témoignages montrent bien toute la difficulté
de cette situation, mais aussi les démarches
qu'il vaut mieux adopter, afin de... limiter la
casse. Voici donc, sous la forme d'un
"entretien fictif", les témoignages de
"I1" (ingénieur débutant) et
"I2" (qui en était à sa deuxième
expérience professionnelle au moment de la
liquidation de sa société).
Mes "questions" sont en italique rouge.
Les renseignements essentiels de ce
(long!) entretien sont soulignés. |
A quoi reconnaît-on que
"cela va mal" ?
I1 :
Personnellement, je n'ai vu aucun signe avant-coureur.
C'est le problème des "débutants". On est
trop plongé dans notre travail bien précis pour
réellement voir "le reste". Simplement, un
beau jour, je n'ai plus été payé!
I2 : Mon salaire
était payé avec de plus en plus de retard.
Certes, ces retards étaient accompagnés de discours sur
l'effort nécessaire à fournir pour se sortir de cette
mauvaise passe. Mais je conseille vraiment de se mettre
immédiatement "à l'écoute du marché du
travail" - Donc se mettre
déjà à chercher du boulot ? - Non, il faut
d'abord fournir l'effort demandé. Mais un retard de
paiement de salaire constitue réellement un premier
signe inquiétant.
Vient ensuite l'arrêt total des salaires... et
là c'est un très très mauvais signe!
[ Remarque : un troisième
signe avant-coureur (le non-paiement des cotisations
sociales) est signalé en toute fin de cet entretien. ]
Avez-vous bien été informé
de l'évolution de la procédure ?
I1 : Pas du tout! Il
faut dire que personne n'a l'air de détenir
d'informations à jour, le chef d'entreprise encore
moins que les autres. En effet, ce n'est plus lui qui a
la "signature" (donc le pouvoir décisionnel),
mais l'administrateur judiciaire...
I2 : Et en période
de liquidation judiciaire, c'est encore pire :
- Le chef d'entreprise renvoie la balle vers
l'administrateur ou le liquidateur,
- L'administrateur ne sait pas tout,
- Le Liquidateur ne s'occupe pas que de votre entreprise
et n'a pas le temps de vous écouter. Vous tombez donc
sur des assistants, habitués à "botter en
touche..."
Un redressement judiciaire
peut-il arranger les choses ?
I1 : Dans mon cas,
il a évolué très vite vers la liquidation!
I2 : De toute
façon, un redressement passe très souvent par une
phase de licenciement (afin de redémarrer plus
modestement). Mais si vous êtes dans une des filiales de
la société en difficulté, la liquidation est
quasi-inévitable...
Qu'est-ce que vous avez fait ?
I1 : J'avoue que
j'ai un peu paniqué : j'ai cherché très vite un
nouveau boulot, sans prendre le temps de réellement
négocier mon nouveau contrat.
I2 : J'ai eu
tendance à faire la même chose au début, puis
finalement j'ai patienté. En fait, tout le problème,
lorsque l'on souhaite partir, consiste à se faire
licencier...
Pourquoi se faire licencier et
en quoi est-ce un problème ?
I2 : Le licenciement
est en général très avantageux car il arrive que le
liquidateur judiciaire vous paie vos trois mois de
préavis que vous ne ferez pas! Cela coûte en effet
moins cher à l'entreprise de vous voir partir tout de
suite plutôt que de vous garder trois long mois
supplémentaires. Lors de mon licenciement, on m'a bien
conseillé de ne pas dire que j'avais retrouvé du
boulot. Le liquidateur vous laisse le choix entre
convertir ces trois mois de préavis en une convention de
formation + travail payé à mi-temps (ce qui peut être
intéressant si on n'a rien trouvé), ou toucher
directement les trois mois. Dans ce genre de procédure,
la consigne est simple : en dire le moins possible et
se laisser guider : en France, le salarié est
extrêmement bien protégé... Le liquidateur, dans
la plupart des cas et pour s'éviter de remplir des
paperasses supplémentaires, préfère vous donner
l'argent de ce préavis! J'ai d'ailleurs été
"choqué" de recevoir cet argent pour une
période de travail que je n'ai pas effectuée et alors
que j'avais déjà trouvé un autre boulot... mais je
l'ai bien sûr accepté!
Cette stratégie pose un problème dans la mesure où le
licenciement peut tarder alors que votre contrat dans une
nouvelle boite est déjà signé...
Quelles ont été pour vous les
conséquences financières ?
I1 : La gestion des
comptes personnels devient vite assez compliquée : on
traverse trois ou quatre mois sans revenus, puis, dès la
liquidation prononcée, l'AGS intervient et on touche ses
salaires impayés, puis son solde de jours de congés! En
revanche, dès le début des problèmes, il faut faire
très attention à n'engager aucun frais
professionnels (comme les frais d'essence pour les
commerciaux). Ces frais ne sont pas remboursés par
l'AGS et sont considérés comme de simples créances...
payés après tous les autres créanciers (dont l'État
qui vient en premier, bien sûr!). I2
: J'ajouterais : « Pensez aux impôts! »
: lorsque vous touchez vos impayés, vos impôts peuvent
facilement grimper de 20000F ou plus...
Et puis, pensez à regarder vos points de cotisations
retraites (donc vos bulletins de salaire)... J'ai
constaté que les miens ne sont pas à jour. En effet, au
début de la crise, nos cotisations sociales n'étaient
plus payées par notre société qui consacrait cet
argent au règlement (en retard) de nos salaires.
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