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missions en SSII ?
(régie, forfait, régie forfaitisée, ...)
Comparaison !
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Les articles sur la régie
et le forfait
ont planté le décor.
L'article sur les différents
profils de mission insistait dès 1997 sur les avantages des
régies et les inconvénients des forfaits, sous ses
différentes formes...
Et pourtant, cet ingénieur informaticien
prend, mi-2002, le parti opposé de ce point de vue et déclare ici sa
flamme pour cette activité passionnante : le forfait.
Mes "questions" sont en italique rouge.
Mes remarques sont en [italique
rouge entre crochet].
Les "citations remarquables" de
mon interlocuteur sont mises en exergues en gras italique bleu.
Certains concepts importants de cet
entretien sont gras italique.
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Quel est votre parcours dans l'univers des
prestataires informaticiens ?
Depuis bientôt 5 ans que je travaille, j'ai passé la quasi totalité
de ma vie professionnelle en SSII.
J'ai été passionné par toutes mes missions au forfait mais
je me suis
globalement énormément ennuyé en régie.
Ce qui va me faire quitter le monde de SSII c'est, vu la
conjoncture (2001-2002),
l'absence de mission au forfait... si j'arrive à trouver un boulot au
fixe me permettant de retrouver des méthodes de forfaits comme chez les
éditeurs de logiciels notamment.
« Le
forfait oblige le client et la SSII à travailler proprement et en
bonne intelligence. »
Qu'est-ce qui vous attire dans le forfait ?
Au forfait il y a un début, une fin, souvent plus
d'analyse
et de conception
qu'en régie, des points réguliers.
On a la maîtrise de son travail même en étant simple développeur.
On peut discuter des méthodes et des solutions avec le chef de projet.
[Je confirme, en régie, il est difficile de
se voir confier de "vraies" responsabilités. L'aspect
"grouillot de base" de ce type de prestation peut facilement
en rebuter plus d'un.]
Le forfait oblige le client ET la SSII à travailler proprement et en bonne
intelligence. Il y a des recettes des validations.
C'est absolument passionnant de travailler au forfait.
Pour enfoncer le clou, ce sont les forfaits chez le client
qui sont les
plus intéressants.
« La
régie n'a aucun intérêt. Autant travailler en fixe chez le client
(être salarié du client) »
Pour quelqu'un habitué au forfait, comment
considérez-vous la régie ?
Pour moi travailler en SSII c'est travailler au forfait sinon la régie
n'a aucun intérêt. Autant travailler au fixe chez le client (être salarié
du client).
De plus le forfait , comme le conseil d'ailleurs, c'est apporter une plus
value au client pour un temps limité et des engagements qu'il n'aurait
pu tenir avec ses salariés. Ce qui fait que le prestataire au forfait n'est pas mal vu par le client.
[Nuançons : on peut apporter un conseil
accompagné d'engagement en régie, mais cela ne fonctionne pas de la
même manière : cet engagement est pris au sein d'une mission de
régie de plus grande envergure, aux délais "plus flous".
Il faut se bouger et convaincre le client d'accepter de consacrer des
jours de prestation régie sur cet engagement précis - alors qu'en
forfait, le client paie *précisément* pour cet engagement.]
Tandis que la régie c'est de l'intérim de luxe très mal vu par les salariés.
[Exact, et cela ne date pas d'hier : déjà
depuis 1991...]
Pour tout ces exemples je parle de l'organisation forfaitaire et pas du
type de contrat signé. En effet j'ai aussi effectué une régie
forfaitisée de
2 mois elle aussi passionnante.
« Le
chef de projet [forfait] client a toujours été ouvert aux
propositions du chef de projet technique comme de nous-même,
développeurs. »
Avez-vous un exemple de forfait chez le
client ?
En fait mon expérience professionnelle la plus intéressante se passait chez un industriel
en province. J'arrivais au début du développement juste après la conception de
la 2ème tranche. Le chef de projet technique et fonctionnel interne a dû partir
pour des raisons politiques. Un membre du service informatique le plus
ancien avait fonction de chef de projet fonctionnel client tandis qu'un chef
de projet technique de ma SSII a été nommé. C'était un forfait chez le
Client. On était 3 développeurs.
[un forfait chez le client se rapproche de la
régie forfaitisée, mais le contrat signé n'est pas le même,
notamment au niveau des moyens matériels fournis par le client.]
Malgré ces gros soucis le chef de projet client était strict sur certains points névralgiques mais a toujours été ouvert aux propositions du chef
de projet technique comme de nous-même, développeurs.
Le chef de projet technique suivait l'avancement du projet et modifiait s'il y a lieu le modèle de donnée le cas échéant. Cela se faisait au cours
de discussions ouvertes avec le CP client. Que cela soit le CP client
comme le CP technique, ils étaient toujours ouverts à nos propositions
techniques sans pour autant se laisser embarquer dans des déviations trop
coûteuses pour le projet.
Le CP technique préférait que l'on "perde" 4 jours a bien tester des solutions plutôt que de se lancer dans un développement non testé.
Il
arrivait à "vendre" cette "perte" au CP client qui se révélera être un
gain plus tard.
[L'importance des tests
unitaires ne cesse de grandir et d'être
reconnue, notamment avec des framework comme JUnit en java]
Pour un autre point dont j'étais le seul expert technique,
j'ai réussi au cours d'une semaine et demi de réunion à faire valoir mon point de
vue bien que je ne sois pas CP. Du moment que je bétonnais l'argumentation
de mes propositions ils l'acceptaient. (Ce qui m'a aussi aidé c'est ma
première expérience chez un grand client où j'ai appris à chiffrer sans quasiment me tromper).
Cette bonne ambiance de travail n'empêchait pas de faire des tests et validations précis. Ce qui est comique a posteriori ce que j'ai eu mes
meilleurs CP techniques et client mais qu'aucuns des 2 n'avait vraiment
voulu être CP mais ils en ont eu la capacité.
[Cela illustre différemment la Loi n°5 des grands projets
informatiques
: vouloir être chef de projet n'a rien à voir avec la faculté de manager une
équipe.]
« J'ai
appris dans cette mission à ne plus être naïf ou candide... »
Et un forfait
classique, en agence, vous avez fait ?
Suite aux congés maladies quasiment simultanés de 2 développeurs, j'ai hérité
d'un projet qui avait presque un an de retard !!! Le CP basé à Paris
m'a laissé 3 semaines à Paris pour faire mes preuves puis j'ai pu
développer pendant plus de 2 mois à l'agence de la grande ville de province où j'habites.
Je lui ai envoyé régulièrement un suivi détaillé des tâches effectuées en
fonction d'un chiffrage pré-établi. Chiffrage qui a pu être renégocié
pour certaines tâches.
[Bon réflexe, à la fois de gestion, mais
aussi de
prévention]
On se revoyait régulièrement à Paris pour faire un
suivi régulier.
J'ai appris dans cette mission à ne plus être naïf ou
candide malheureusement : J'ai dû prouver par A+B que mes petits camarades avait
très mal travaillé au minimum pour ne pas porter le chapeau... car ils
avaient fait radicalement le contraire de ce qu'il fallait faire: faire
énormément de modifications sans faire de test de non-régression.
Résultat pour
un pas en avant qu'ils avaient fait, ils en avaient fait 2 en arrières à
chaque fois... sans parler de développements cauchemardesques.
A la fin, fort de la justesse de mes précédents chiffrages; j'ai demandé 30 jours de plus pour
analyser et reprogrammer de A à Z certaines fonctions "usines à gaz" sans quoi je demandais à
quitter le projet (ce que le CP a fait aussi d'ailleurs).
Ma direction, pour plaire aux clients qui
bouillonnaient vu le retard du projet , a préféré que mes prédécesseurs reprenne le
projet avec un nouveau CP pour finir soi disant dans le temps. A la dernière
réunion à laquelle j'avais assisté les ex-nouveaux développeurs avait
déjà fait régresser mes développements que j'avais testés avec succès.
Ce qui est dommage c'est que finalement l'application était très simple mais qu'elle a été
complexifiée. [Phénomène "d'usine à
gaz" bien connu dans l'informatique, et du coup personne n'est
content, comme le remarque Laurent
Bossavit, Coach XP]
Malgré cela c'est un bon exemple de projet forfaitaire en
l'agence... Très intéressant du point de vue de l'organisation de projet et
de la prise en compte de la dureté du monde du travail que l'on doit infliger aux autres, s'ils sont responsables d'erreurs, afin de ne pas
en être victime.
« Faire
comprendre au client l'importance de la recette faite par lui-même et
non par l'équipe du projet. »
Et les fameuses "régie forfaitisée", vous y avez goûté ?
Je suis arrivé à la fin d'une régie forfaitée. Le CP de SSII me laissait les mains libres tandis que le
client faisait très bien son travail de recettage.
Je pense que pour tout les projets une des clés de la
réussite est de faire comprendre avec succès au client l'importance de la
recette fait par lui-même et non par l'équipe du projet. Tant que l'équipe
projet reste dans les temps, elle est respectée par le client.
Ce qui ne nous a pas empêché de renégocier certaines tâches puisque qu'elles
avaient été sous-estimées dans le cahier des charges par le client.
Même si c'est nous qui avions fait l'erreur, il est important de le dire tout de suite plutôt que de faire la surprise au moment de la livraison.
Ce que ce client avait compris.
Dans ce projet c'est encore une personne qui est devenu un très bon CP client par la force des
choses :-))
« Souvent
un prestataire en régie est là pour nourrir son commercial [...]
pour faire ce que le client n'a pas envie de faire. »
Mais vous avez dû faire des régies, tout de
même ?
Certes, et toutes mes régies n'ont pas été inintéressantes mais...
Souvent un prestataire en régie est là : pour nourrir son commercial, être présent sur un compte à tout prix si l'on est le seul de sa société
pour soi-disant informer sa SSII des éventuels autres projets [exact,
cela s'appelle une tête de pont], pour rassurer
une direction de projet client même si l'on n'a pas grand chose à faire,
pour faire ce que le client n'a pas envie de faire tout en prenant soin de ne pas
nous donner des choses intéressantes à faire.
[Heu... je voudrais pouvoir affirmer
véhémentement que l'immense majorité des régies n'a rien à voir
avec ne serait-ce qu'un seul des aspects précédemment évoqués...
mais ce serait mentir! Souvent l'une ou plusieurs de ces pertinentes
observations se révèle exacte!]
Tout ces éléments qui n'ont rien à voir avec la prestation informatique sans
parler de tout les éléments de gestion de projet dont j'ai parlé précédemment (cahier des charges, points réguliers,
chiffrages) qui sont absents en régie font que pour moi que la plupart du temps une régie
est intrinsèquement inintéressante.
Durant mes régies j'ai donc souvent été assez vite
démotivé.
En tout cas pour m'éviter des surprises je me bats en permanence pour que l'on ne modifie pas
mon CV. Au pire on peut éventuellement accepter de d'augmenter de 10% la durée d'une
expérience ou dire que l'on a fait du SQL pour telle base de donnée plutôt qu'une autre, vu que SQL est un
standard. Et encore seulement dans la première année d'expérience.
De mentir sur son CV ne peut amener que des ennuis au prestataire qui se trouve en porte à
faux... et aussi à la SSII qui perd son client si le mensonge est découvert...
ce que les commerciaux ont énormément de mal à comprendre. Pour eux le principal est d'être chez le client sans penser
aux conséquences.
[Exact, même si l'on trouvera dans l'article
sur l'ingénieur
d'Affaire -le commercial, quoi - un
exemple de "falsification" osée, mais réussie et
"presque justifiable"...]
En fait je me suis aperçu que même pour les régies, il faut faire un audit plus ou moins officiel et non un compte-rendu qui arrive trop tard.
Au final, vous en retirez quoi, de ces
différentes expériences de prestation informatique ?
En fait après mon expérience passionnante et réussie chez l'industriel
de province, j'ai tendance à
rechercher des emplois aussi intéressants... mais avec la conjoncture j'ai du mal à trouver avec de telles exigences :-)) (Tout
en ne voulant pas travailler à Paris en plus !)
Même en n'étant pas CP, on peut très bien être exécutant
ou faire de l'assistance à la maîtrise
d'œuvre et faire un travail très intéressant dans un environnement projet qui l'est aussi.
Mais décidément je n'adhère pas du tout aux régies.
C'est avoir tout les inconvénients de ne pas être au forfait sans avoir les avantages des
salariés clients. Donc en dehors du forfait ou du conseil je préfère
nettement
travailler chez le client... mais de préférence en environnement projet.
Bigre... voilà qui peut donner à réfléchir à beaucoup de
prestataires ! (et leurs commentaires seront les bienvenus, écrivez-moi !).
Merci infiniment pour nous avoir livré ces réflexion et bonne chance
dans votre recherche d'un environnement projet idéal :)
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