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Prestataire 2001-2002 |
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(démission et licenciement) |
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(1/2)
« Should I stay or should I go ? »
« If
I go there will be trouble
An' if I stay it will be double
So come on and let me knoooow »
|
Marrant comme ce hit des Clash (de Joe
Strummer and Mick Jones dans leur album Combat Rock
sorti en 1982) prend une toute autre résonance en ce début
2002.
Car ce jeune ingénieur informaticien,
syndicaliste dans l'âme et membre du CE dans sa petite SSII
(150 personnes) a pris sa décision : « I should go », en
français dans le texte : « je démissionne. ».
Sa boite, comme beaucoup d'autres en ce
moment, est en pleine phase de "dégraissage", et il
a plutôt mal vécu cette période, faite de rapport de force,
de dialogue de sourd et d'une politique de communication...
pour le moins minimale.
Mais avant de partir, il parle, il témoigne et
il surprend : si la période actuelle n'est pas mirifique pour
les prestataires, si le comportement des SSII peut être
parfois abusif et indélicat, il n'oublie pas de remettre les
pendules à l'heure pour tout le monde.
Alors, si vous êtes
prestataire et que vous venez de refuser sèchement une
mission à votre commercial qui tente désespérément
de vous caser... lisez ce qui suit. Cela vous remettra les
idées en place.
Au menu :
- licenciement collectif ;
- licenciement pour faute grave (refus de mission et ordre de
mission) ;
- conséquences du comportement de certains jeunes ingénieurs.
Découvrez aussi son témoignage sur les NTIC
et la délocalisation.
Mes questions sont en rouge.
Mes commentaires sont en [italique
rouge entre crochet]. |
Qu'est-ce
qui se passe chez vous ?
Hé bien, comme dans beaucoup de SSII
en ce moment,
c'est la période du dégraissage. Il s'agit de se débarrasser d'un
maximum de collaborateur au profil "gênant" (c'est-à-dire
peu rentable, car pas facilement vendable sur le marché des
prestataires).
Mmmm... exact, dès novembre dernier (2001), je signalais que tous les
profils n'étaient plus désiré (cf. Profile Warning).
Mais là, on ne parle pas d'embauches gelées, n'est-ce pas ? On parle
bien de licenciement ?
Oui, et le problème majeur du licenciement, c'est
bien d'éviter de payer au salarié ses 3 mois de préavis. Car, même
si le préavis doit être une période travaillée La crise actuelle
rend certains profils Et pour cela, en tant que membre du CE, j'ai pu
assister à la mise en oeuvre de deux stratégies :
- le licenciement collectif ;
- le licenciement pour faute grave.
Heu... je ne vous suis pas ? Avec le licenciement collectif, on touche
quand même son préavis, non ?
Exact. Cette solution répond à un autre enjeu
majeur pour les SSII. Éviter de mettre un plan social. Celui-ci est
obligatoire dès que le projet de licenciement porte sur 10 salariés
ou plus sur une période de 30 jours, dans une entreprise de plus de
50 salariés (ce qui est la cas de ma SSII). [art. L.
321-4-1].
Le licenciement économique [défini par l'article
L 321-1 du Code du travail] concerne l'emploi et non la personne du
salarié. 9 personnes au plus peuvent être concernées, sur une
période de 3 mois.
L'intérêt d'une telle démarche, outre la
simplicité comparée à un plan social, est de prendre une
"assurance sur l'avenir". Puisque c'est l'emploi du salarié
qui est menacé, si ce dernier, pendant les trois mois de préavis,
trouve avec l'aide de sa SSII une mission, la procédure de
licenciement le concernant, ou plutôt concernant son emploi,
s'arrête automatiquement. Mais si au bout de trois mois, rien n'a
été trouvé... c'est une bonne petite charrette qui s'en va, et le
comble, c'est qu'elle s'en va sans faire tout un foin!
Toutefois, 3 mois de préavis payés à 9 personnes
à l'évidence peu productives et sans doute préoccupées de se
trouver un nouveau poste ailleurs... on n'atteint vite le demi-million
de francs, enfin... entre 70 et 80 K€.
Pour éviter cela, il reste le licenciement pour
faute grave. Pas de préavis [art. L
122-5].
Faute grave ??? Mais quelle faute grave ?
La faute classique du jeune ingénieur naïf, le
refus de mission. On lui propose une mission et il dit non, avant
même d'avoir vu le client !
Mais, maismaismais, NON : même s'il a une clause de mobilité
internationale dans son contrat, l'article
61 de la Syntec
joue en sa faveur, lui permet de refuser une mobilité excessive et
entraîne un licenciement avec préavis, non ?
Hahaha (rire sombre à la Dark Vador), naïf vous
êtes,
jeune Jedi. Qui vous as parlé de la clause de mobilité ? La faute grave
n'a rien à voir avec cette clause, mais bien avec celle du refus
de mission. C'est un refus d'obéissance, un non respect des obligations contractuelles,
ce qui est constitutif de faute grave.
Plus précisément, vous refusez un ordre de
mission, qui, comme le laisse penser l'article
51 de la Syntec, peut n'être qu'oral.
Et hop, une lettre de convocation à un entretien préalable
avant licenciement pour faute grave.
Et hop, vous êtes licencié.
Non! Et c'est là un autre piège de cette
procédure qui a de quoi impressionner et secouer le jeune ingénieur
que vous êtes (surtout si le jeune ingénieur a une famille à
charge, une maison et le crédit
qui va bien avec).
Un entretien préalable est là pour permettre à
l'employeur d'exposer les motifs de la mesure envisagé (ici, le
licenciement est envisagé) et de recueillir les
explications de ce dernier. A l'issu de l'entretien, la procédure
peut très bien s'arrêter. Ou bien déboucher sur une "lettre de
notification de licenciement" qui ne pourra être envoyé que
plus d'un jour ouvré après celui de l'entretien
préalable [C. trav., art. L122-41].
Mais il y a encore plus subtil ! De par les jurisprudences,
l'objet de l'entretien préalable qui figure dans la lettre de
convocation ne doit indiquer ni sanction ni griefs.
Si vous reprenez votre jeune ingénieur évoqué
quelques lignes plus haut (celui avec sa famille, sa maison et ses
dettes), ce n'est qu'en arrivant à l'entretien qu'il apprend qu'il
risque un licenciement pour faute grave, donc sans aucun préavis ni
indemnité.
Boum. Prends la porte et dégage. Comme je vous le dis.
Du coup, tous les éléments sont réunis pour que
l'employeur arrive à ses fins.
Et c'est quoi, "ses fins" ?
Vous faire changer d'avis, pardi ! Faire en sorte
que vous acceptiez la mission, alors même que cela ne vous arrange
pas du tout, en terme de région ou de déplacement. Mais pour la
société, mieux vaut que vous restiez et rapportiez de l'argent
plutôt que le départ.
Une seule des 4 procédures auxquelles j'ai assistées
en tant que membre de CE a pu être stoppée. Un ingénieur de Paris a
été contacté par un commercial de Renne pour une mission. Il a
refusé a priori, mais le commercial de Rennes n'avait pas encore
d'information précise sur le client (même pas son nom). Ce
commercial lui a dit qu'il allait rappeler et... ne l'a jamais fait.
Quand cet ingénieur s'est retrouvé en entretien préalable, j'ai
menacé de contacter France Télécom pour prouver que le commercial
n'avait pas rappelé et que mon collègue n'avait donc pas refuser une
"mission". Et c'est passé, au culot. Son licenciement n'a
jamais été prononcé après cet entretien.
Quel changement par rapport à peine
un
an ! Mais vous êtes au CE, vous n'avez rien vu venir
? Vous n'avez rien pu communiquer à vos collègues ?
Si, bien sûr, j'ai bien vu ce changement de
politique : il y a un an (2000 - jusqu'à mi-2001), le refus de
mission était tacitement toléré : le commercial cherchait
simplement une autre mission.
La boite nous a bien fait comprendre "à
demi-mot" qu'une telle conduite n'était plus acceptée (si
jamais vous entendez l'expression "marché tendu"....
vous saurez maintenant à quoi vous attendre !).
Il faut dire qu'elle y est obligé de par la Loi.
Cela fait parti des domaines de compétence du CE : il doit être
consulté et informé entre autres "des mesures de nature à
affecter le volume ou la structure des effectifs, [...]" [C. trav., art. L. 432-1,
al. 1].
Mais quant à informer tous nos collègues... c'est
déjà plus dur : le seul moyen officiel à notre disposition est ce
"tableau d'affichage CE" mis à notre disposition dans les
locaux de la maison-mère... que, bien entendu, la plupart des
ingénieurs en régie
ne voient jamais !
Certes, dans ces mêmes locaux, et en dehors du
temps de travail des participants, le comité d'entreprise peut
organiser des réunions d'information, internes à l'entreprise,
portant notamment sur des problèmes d'actualité [C. trav.,
art. L. 431-7]... mais bon, les pressions au sein
d'une petite structure comme celle d'une *petite* SSII sont telles que
ce genre de réunion est difficilement organisable. On nous a vite
fait comprendre, lors des réunions de CE, que notre rôle principal
était de se taire !
J'ai connu, via des collègues, d'autres boites qui
ont affiché clairement leurs cartes : un message général avec trois
points : pas de refus de mission, pas d'augmentation, gel des
embauches. Ca calme, mais au moins c'est clair.
Pfff... y sont vaches, dans
votre boite !
Vraiment ? Cela a été aussi l'occasion pour moi
de découvrir à quelle point la promotion 2000 d'ingénieur a
laissé une mauvaise impression. Ils sont arrivés avec leurs
exigences salariales et un désintéressement complet et
non-dissimulé vis-à-vis de leur employeur (une SSII ou une autre,
quelle différence ?). Aussi n'est-il pas étonnant de voir leur-dit
employeur faire peu de sentiment lorsqu'il s'agit de réduire les
effectifs.
[hé ben voilà... un an que je l'avais écrit, un an puisque ce
témoignage date de février 2002 ! cf. l'article 2K22K1,
recherche informaticien désespérément
! (colonne de droite).
Retrouvez également l'aspect "loueur de
viande" abordé dans le slide
n° 22 de la présentation
"Prestataire en SSII", le slide
n° 27 revient
sur les périodes fastes et creuses...
Cf., enfin, l'article
Nature
et objet d'une organisation]
Ah, heu... mais alors, c'est fini, on ne peut
plus refuser de mission ???
Pas tout à fait.
Ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut jamais refuser
un entretien
de régie. Ca fait une sortie, parfois un voyage, un bon
repas au resto avec le commercial, et en plus, qui sait, l'entretien
peut même être intéressant. Sinon, au pire, on peut
"subtilement" le saboter (j'ai dit "subtilement",
en ne mettant pas en valeur les expériences qui pourraient répondre
aux besoin du client et en insistant sur les points annexes).
Ensuite, vous ne devez jamais refuser, mais
simplement "émettre un avis défavorable" (et
argumenté).
Enfin... si l'avis défavorable évoqué ci-dessus
ne change rien... hé, vous devez assumer votre statut de prestataire
de service, et faire la mission. Mais même dans ce cas, en
surveillant la durée de son contrat (souvent 3 mois renouvelables),
on peut s'arranger avec le client pour "finir" la mission
pile au bout du mandat.
De plus, une mission peu intéressante au début est
toujours une opportunité d'apprendre (en chopant des études sur des
domaines connexes, ou en se renforçant dans le domaine fonctionnel du
client). En fait, les missions inintéressantes "n'existent
pas" si on se débrouille bien... mais elles peuvent demeurer
inintéressante en terme d'éloignement du domicile et de temps de
transport (d'où le besoin du sabotage d'entretien ou de l'arrangement
avec le client).
... Okokok. Et vous, alors ? Vous démissionnez,
c'est ça ?
Oui, cette ambiance est vraiment très pesante et dure à
vivre. Le manque de dialogue y est flagrant et ne contribue pas à
instaurer un climat de confiance.
Je pars, mais je n'ai pas l'intention d'accepter un
protocole
d'accord et diminuer mon préavis sans être payé. J'entends
toucher mes 3 mois pleins... même si je suis actuellement en IC (Inter-Contrat)
et que je ne compte pas déployer une activité démesurée ces 3
prochains mois ;)
Au moins, ils n'ont aucune chance de vous
licencier !
Vous ne croyez pas si bien dire, et j'en terminerai
avec cette dernière astuce : Un ingénieur (hors période d'essai) qui savait qu'il risquait le licenciement suite à un refus de mission a pris les devants et a préféré démissionner.
Après s'être renseigné, il semble qu'il y ait jurisprudence : c'est le premier qui reçoit la lettre de licenciement ou de démission qui lance la
procédure [je me renseigne...].
Dans son cas, ça lui permet d'avoir ses 3 mois de préavis et le cas échéant, lors d'un éventuel
entretien pour une mission dont l'ingénieur ne veut pas,
cela lui permet de saboter très facilement l'entretien en disant au client
:
« ben, il faut savoir aussi que j'ai démissionné et que j'effectue en ce moment ma période de
préavis ! ».
En plus, le démissionnaire dispose de son plein grès de 3 jours / mois +3 jours à discrétion de la SSII pour chercher du boulot. Le client devra s'y soumettre.
[cela dépend des accords
35 Heures en vigueur dans votre boite, mais en gros c'est
le plus souvent ça.]
En général, ça doit décourager le client
d'accepter votre candidature ! Et cela prive donc votre employeur
d'essayer quand même, malgré votre statut de démissionnaire, de
vous licencier pour refus de mission (puisque le client ne veut pas de
vous !).
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