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Management :
Informaticien et Français... (2 / 3)
(Informaticiens d'en haut, Informaticiens d'en bas...)
Culture "verticale"
[Management],
[PBaudry], [wdhb], [EAIeb], [PDrucker74]


    Les plus jeunes d'entre vous ne connaissent pas le service militaire. Mais vous allez connaître bien "pire" : la hiérarchie en entreprise (déjà abordée dans
Étude sur le Pouvoir).
    Cette hiérarchie est complexe à 2 titres :
- d'une part, aucun signe distinctif, aucun grade ni aucune épaulette ne vient identifier clairement tel ou tel "chef" ;
- d'autre part, la culture française est basée sur la "verticalité" de la relation entre individu, verticalité illustrée en ce moment (2002-2003) par l'expression « France d'en haut et France d'en bas ».
    Rajoutez à cela votre contexte professionnel, à savoir celui des ingénieurs informaticiens avec sa propre hiérarchie issue :
- soit de la carrière et de ses grades pas toujours très clairs (cf.
carrière en SSII, par exemple) ;
- soit d'une hiérarchie plus implicite où les "
Gurus" s'affrontent dans un jeu de Pouvoir complexe.
   Or le management doit définir la façon de faire travailler ensemble des "travailleurs du savoir" comme des ingénieurs en informatique... en prenant en compte toutes ces hiérarchies!
    Cet article précise la relation hiérarchique à la française, très verticale, dans le contexte des ingénieurs en informatique, et compare cette relation à d'autres relations de pouvoir (toujours dans le même contexte), plus horizontales, basées sur une plus grande coopération.


 



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Verticalité Française vs Horizontalité Américaine
    Ce qui suit se base en grande partie sur le travail de [PBaudry] qui compare la culture française et celle américaine non pour mettre l'une au dessus de l'autre mais simplement, par contraste avec la vision américaine, pour mieux comprendre notre culture. Il ne s'agit pas de juger l'autre mais de mieux nous jauger.
    Or donc, les cultures "anciennes" (la culture régalienne anglaise d'antan, et la culture française d'aujourd'hui) sont basées sur l'implicite, le non-dit (cf. l'article Informaticien et Français ? - Implicitement - Dur!).
    Il en a résulté une organisation de la société plus verticale, où chacun est censé connaître sa place par rapport à l'autre. Les premiers colons américains fuyant dès le début ce type de culture ont organisé très tôt un système de "check and balance" ([PBaudry]) qui vérifie tout et oblige à une grande transparence, à mettre tout à plat de façon explicite, d'où un rapport plus "horizontal" dans leurs rapports de tous les jours.
    Les paragraphes suivants situent le contexte lié à l'informatique, puis détaillent les différents aspects de la société où la verticalité à la française s'applique, en les illustrant avec des sujets concrets qui vous concernent, ingénieurs en informatique.

L'ingénieur informaticien et les "éléments de verticalité"
    Avant même l'entretien d'embauche, la verticalité des rapports est affichée : pour certains postes, notamment les régies et forfaits, les SSII ne sélectionnent que les ingénieurs, donc se basent sur le diplôme. Pourquoi ? Parce que le client fait de même.
    Ainsi, vous découvrirez vite que certains éléments vous classent : 
- votre diplôme qui vous empêchera potentiellement d'accéder à de très hautes fonction si vous ne sortez pas de certaines "grandes" écoles (notez le "grand" : - verticalité -!) ;
- votre statut dans l'entreprise (et l'on sait que pour un prestataire de service, il est "flou" : il en possède un - explicite - au sein de sa société de service - cf. carrière en SSII - et un chez le client, beaucoup plus implicite, souvent équivalent à "grouillot de base"!) ;
- le sexe, ce qui joue directement (mais implicitement, sans le dire) sur votre salaire...
   Cette verticalité trouve ses origines aussi bien bien dans la longue histoire de notre culture (le seigneur et ses serfs - vous rencontrerez certains cadres qui se considèrent encore comme cela !), que dans notre volonté d'appartenir à un groupe (ce qui favorise entre autre un certain "corporatisme" à la française!).
    Comme le précise [PBaudry] : « L’Américain aime l’échange entre égaux et la compétition alors que le Français préfère la fusion ou la contre-dépendance. »
   Pour bien comprendre ces éléments qui viennent d'être mis en évidence, voici développé quelques thèmes qui viennent illustrer et/ou détailler ces "éléments de verticalité".

Informaticien et pouvoir
    Le thème du Pouvoir à la française a déjà été abordé, mais il marque les relations verticales que vous aurez, informaticien, avec vos collègues.
   Pour résumer ce jeu de pouvoir auquel vous serez (ou êtes déjà confronté), on peut dire qu'il comprend 2 aspects :
- un aspect formel établit autour d'une hiérarchie figée ;
- un aspect informel basé autours d'un réseau de relation / réputation.
    En France, et dans le milieu informatique, le premier aspect - hiérarchie figée - trouve une illustration criante dans une "invention" diabolique : la maîtrise d'ouvrage (MOA) et la maîtrise d'œuvre (MOE). C'est tellement français qu'il n'existe pas de traduction anglaise officielle. Il s'agit d'une séparation de pouvoir plutôt qu'une collaboration, et cela permet de ménager l'ego de tous, chacun se retrouvant inclus dans "son" organisation et dépendant de l'autre  (la technique - MOE a besoin des directives du client, le "donneur d'ordres"(!) - MOA - qui doit s'appuyer sur ce que la technique peut implémenter...). On retrouve l'aspect fusion et contre-dépendance évoqué plus haut...
   Évidemment, le problème d'une telle hiérarchie - qui par nature s'affronte en son sein -, réside dans son ouverture et son évolution : MOA et MOE ont besoins d'intervenants externes (comme les SSII) pour compléter leurs compétences internes... On parle alors "d'assistance à maîtrise d'ouvrage" ou "d'assistance à maîtrise d'œuvre" et les organigrammes, déjà complexes, se complexifient encore un peu plus !
(Attention, un contre-argumentaire fourni par Christophe Thiry revient mettre ces remarques en perspective : MOE et MOA : Christophe Thiry réagit)
    L'aspect informel, surtout pour les informaticiens, repose sur l'expertise et la perception de celle-ci vis-à-vis de ses collègues. J'ai déjà vu des projets entiers se créer simplement parce qu'un expert était en désaccord avec la ligne technique choisie par ses collègues : il étudiait dans son coin "sa" solution et montait son équipe...
   Cela vient principalement, comme le fait remarquer [PBaudry] du fait que « un Français qui est très bon l’est d’abord par rapport aux autres, alors qu’un Américain l’est d’abord par rapport à lui-même. ». Cela influence aussi un autre aspect très vertical :

Informaticien : relation Carrière - salaire
    Ces deux aspects sont très liés en France.
    Soyons clair, la carrière de l'informaticien en tant que telle est pour le moins... compromise. Comme cela est déjà détaillée dans carrières en SSII, l'évolution passe :
- soit par une expertise reconnue (ce qui reste rare comme le rappelle cet ingénieur), 
- soit par le "management" - qui n'est en fait limité que à l'encadrement, style chef de projet (mais on abandonne vite tout aspect technique qui reste l'attrait de base de ce métier, ce qui nous y a poussé comme le rappelle Laurent Bossavit) ;
- soit par l'aspect commercial (avant-vente, ingénieur d'affaire, ...), avec là encore un abandon progressif de la technique.
    Plus les carrières de type "encadrement" ou "commercial" sont mises en avant, plus le salaire évoluera. Rester dans la technique revient à s'exposer au lien entre salaire et facturation.
    Il en ressort donc une relation supérieur-subordonnée où le premier est nécessairement plus payé que le second. Aux États-Unis, une telle relation n'est pas du tout évidente. Ainsi, le diplôme ou le poste occupé ne sont pas les critères premiers qui "assoient" la réputation sociale : le salaire reste un élément plus factuel qui permet de jauger de la réussite d'une personne dans son travail, que celle-ci dirige 5000 personnes ou représente une expertise individuelle. Certains experts peuvent tout à fait avoir des salaires supérieurs au patron de leur entreprise.
    Cela indique 2 choses :
- on reconnaît plus facilement la contribution effective de l'individu, dans le cadre d'une relation basée plus sur la collaboration (horizontale, de type win-win) que sur la hiérarchie (verticale, entre encadré et encadrant) ;
- on n'assimile pas la prestation technique (qui est la base de l'intervention de l'ingénieur en informatique) comme un simple coût.
    En France, l'informaticien devient vite "quelqu'un qui coûte cher" et non quelqu'un qui aide à fournir les services au client. On en trouve une illustration typique en salle de marché où les traders sont valorisés (avec des primes conséquentes 45000 euros par ans minimum...) et les informaticiens qui développent les applications utilisées par les-dits traders sont ignorés (avec des primes de 0 euros maximum...).
   A l'intérieur de l'entreprise, on se rend compte que, en France, l'ingénieur en informatique se heurte à une vision verticale de sa prestation. Il fournit un service peu reconnu, peu compris par la MOA, sous les ordres de supérieurs, ce qui est différent d'échanger un service entre collaborateurs contre une reconnaissance concrète - comme un salaire ou une prime. 
    Mais si l'on considère ce qui se trouve à l'extérieur de l'entreprise, à savoir le client, on se retrouve avec une dernière verticalité.

Informaticien : relation Entreprise et client
    En France, au lieu de considérer le client comme l'élément le plus important pour une organisation, on le place en bas de l'échelle. [PBaudry] précise : « Il est plus important d’avoir raison contre le client que de le satisfaire. Servir le client est souvent ressenti comme étant équivalent à être le domestique du client. »
    Et là, l'ingénieur en informatique que vous êtes joue un rôle non-négligeable dans cette relation verticale. Qui n'a jamais pensé, en voyant son programme se vautrer lamentablement, que « de toutes façon, c'est la faute de l'utilisateur - quel c... cet utilisateur! » ?. Après 5 ans d'études et de nombreuses heures de travail, voir son programme planter après 30 secondes de manipulation par une tierce personne revient à voir remettre en cause son expertise par quelqu'un "qui n'y connaît rien", en oubliant que ce quelqu'un - le client - connaît le service qu'il est censé attendre, même s'il ne comprend pas la technique implémentant le-dit service.
   Cela relève aussi de l'individuation (la nature de l'individu) qui, en France, est fondée sur la relation (ici client-fournisseur), et où « la verticalité française dans le service s’exprime notamment par le désir du vendeur d’avoir raison contre le client, ce qu’il prend comme équivalent à avoir le dessus par rapport au client, et donc à avoir renversé la relation de dépendance verticale, de domesticité » ([PBaudry]).
[Cela peut constituer d'ailleurs une des origines du dysfonctionnement parfois constaté dans une organisation de type MOa (Maîtrise d'Ouvrage) - MOe (Maîtrise d'Oeuvre)
   L'Américain fonde plus son individuation sur la tâche (ici, sur son travail, sa prestation par rapport au client). [PBaudry] précise : « L’accent mis sur la tâche au détriment de la relation permet aux Américains de moins s’embarrasser de cette dernière lorsqu’il s’agit de remettre en cause une certaine façon de procéder. De ce fait, se trouvant moins concernés par l’éventuelle interprétation d’une critique personnelle à l’encontre des responsables de la précédente façon de faire, ils ont moins d’états d’âme pour introduire des changements, qui, de ce fait, sont plus nombreux et fréquents que dans les organisations françaises. »
   Évidemment, l'inconvénient d'une telle vision de l'individu (qui se définit par rapport à la tâche et non par rapport à une relation verticale avec autrui) réside dans l'aspect de responsabilité : si la tâche est mal faite et que le client s'en plaint, celui qui a fournit le service est clairement identifié. En France, on échappe aisément à cette identification, via des expressions du type : « Tout le monde peut faire des erreurs »... ce qui renforce une culture de la non-responsabilité, telle qu'illustré de façon humoristique par ce diagramme concernant la conduite des projets informatiques.

Conclusion
    Si vous découvrez le monde des entreprises françaises et que, en tant qu'ingénieur en informatique, vous devez y fournir des services techniques, ces "éléments de verticalité" basés sur la relation (relations de pouvoir, relations entre carrière et salaire, relations entre client et fournisseur) doivent être connus.
    Certes, leurs présentations laissent peut-être des zones d'ombres ou d'imprécisions (écrivez moi), mais il vous faudra gérer ces relations au jour le jour afin de pratiquer votre métier dans de bonnes conditions.



               
 
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